Les femmes, les sens de l'avenir
Indra Nooyi, PDG de PepsiCo, Angela Braly, PDG de WellPoint Inc, Irene Rosenfeld, PDG de Kraft Foods, Anne Lauvergeon, Présidente du Directoire d’Areva… La liste des femmes à la tête de grandes entreprises s’est considérablement allongée ces dernières années. En politique, les dames gagnent aussi du terrain. Le président américain Barack Obama n’a pas hésité à en nommer aux postes clefs de son gouvernement.
Les évolutions sont là. Et les traditionnels bastions masculins, tels que les secteurs de l’énergie, des sciences ou des techniques, ont même été déverrouillés.
Mais attention : il n’y a pas encore de quoi crier au raz-de-marée. Les percées féminines restent singulières. Les conseils d’administration et les bancs des assemblées restent encore fortement cravatés. Les blocages persistent et le premier demeure culturel. « Il y a deux ans, j’ai été promue directrice de l’entreprise où je travaille depuis dix ans, raconte Françoise. Tous mes collègues et mes clients ont commencé à m’appeler “Madame le directeur”. Je ne me reconnaissais pas. Le pire, c’était avec les nouveaux clients qui s’attendaient à voir surgir à tout moment le “vrai” directeur. Un homme, en résumé. »
Un manque de référents féminins
Le travail : un monde d’hommes ? Les stéréotypes d’autrefois ont la vie dure.
De nombreux employeurs pensent encore que leurs employées ne parviendront pas à assumer responsabilités professionnelles et vie familiale. Et quand arrive
le premier enfant, les choses se compliquent. Mais ces messieurs ne sont pas les seuls responsables. Les femmes elles-mêmes élèvent des barrières, souvent par manque de confiance en elles. « Nos modèles de chefs, de patrons, n’ont longtemps été que masculins, explique Martine Abbou, éditrice de revues spécialisées dans l’automobile. En tant que femme, nous manquons de référents. Et forcément on a du mal à s’imaginer dans leur rôle. » Résultat, beaucoup n’osent pas se lancer. Et si elles le font, elles ont du mal à ne pas culpabiliser.
Alors, les mères qui travaillent sont-elles coupables ? C’est tout le sujet d’un des ouvrages de la psychanalyste Sylviane Giampino. L’auteur y expose les besoins de l’enfant, l’importance de la séparation sans oublier l’implication du père. En conclusion : le travail ne façonne évidemment pas de mauvaises mères.
Un futur en mode femme
Heureusement, il existe des solutions pour dépasser ces idées reçues. Les réseaux féminins en font partie, tout comme les différentes lois et les initiatives des entreprises en faveur de la diversité. L’altruisme n’a pas grand-chose à voir dans tout ça.
En période de crise, décideurs et leaders cherchent les meilleures réponses pour remettre à flot l’économie. Et depuis quelque temps, l’idée émerge que les femmes pourraient être les vrais moteurs de la croissance. Depuis longtemps, ce sont elles qui décident des achats majeurs du ménage. Et maintenant, leur façon de gérer une entreprise est de plus en plus appréciée. Elles se révèlent même un facteur de rentabilité. « Au Royaume-Uni, les travaux d’une commission nommée par le gouvernement sur “Les femmes et le travail” montrent que le pays pourrait gagner 23 milliards de livres (27 milliards d’euros), soit une hausse de 2 % de son produit intérieur brut (PIB), en faisant un meilleur usage des compétences des femmes », avancent Avivah Wittenberg-Cox et Alison Maitland dans leur ouvrage Womenomics, la croissance dépend aussi des femmes… Le futur a donc toutes les chances de s’exprimer au féminin.
Article publié par Laetitia Pongi le 29 juin 2009
Reines de la croissance
Les premières à avoir atteint les hautes sphères de l’entreprise l’ont souvent fait en copiant les codes masculins et en calquant leur style de vie sur leurs collègues. Leur souhait : neutraliser leur féminité pour que celle-ci ne soit pas interprétée comme une faiblesse. « Pour aller travailler, j’ai longtemps porté ce que j’appelais mon uniforme : tailleur sombre, chaussures plates, sacoche marron, confie Élisabeth, 53 ans. Exit les décolletés ou les cheveux détachés. J’avais peur que ces détails me décrédibilisent. » Mais le nombre de présidentes et de directrices a augmenté et les modèles féminins ont pu s’affirmer. Plus question aujourd’hui d’adopter un look à la garçonne. Dans leur attitude ou leur tenue, les dirigeantes ne veulent plus se brider.
Il y a un fait : les femmes ne dirigent pas comme les hommes. Des études prétendent qu’elles seraient plus intuitives, plus créatives, plus compréhensives et plus prudentes dans leur façon de gérer leur entreprise. Pour Laurence Dugué, fondatrice de A2Partner, un cabinet de conseil spécialisé dans les partenariats d’entreprises pour les sociétés de l’informatique : « Je remarque que nous sommes très pragmatiques. On va à l’essentiel et on est moins sujettes à la politique de l’entreprise ». Dans sa société, cette directrice a d’ailleurs pris soin de respecter la parité homme-femme. « Chacun apprend ainsi des défauts et des qualités de l’autre sexe. »
Des consommatrices aux leaders
Les atouts que peut représenter la mixité, les entreprises n’ont pas tardé à les remarquer. Tout d’abord parce que les consommateurs sont aussi avant tout des consommatrices. En effet, ce sont les épouses et les mères qui gèrent le porte-monnaie. Elles prennent ainsi 80 % des décisions d’achat du ménage. De quoi influait les sociétés à les embaucher. Car, qui sait mieux qu’une femme ce que veut une autre femme ?
En 2002, Volvo a ainsi confié à onze de ses employées de la section Recherche et Développement la conception et la fabrication d’un concept car dédié à 100 % aux femmes.
Récemment, c’est la crise économique qui a projeté sur le devant de la scène les qualités du leadership au féminin. En Islande, les femmes ont été nommées en nombre pour sauver le pays de la faillite. En octobre dernier, Elín Sigfúsdóttir et Birna Einarsdóttir ont pris la direction des deux plus grandes banques nationalisées en urgence. En février, les Islandais ont choisi pour la première fois une femme comme Premier ministre. Âgée de 66 ans, Johanna Sigurdardottir est aussi le premier chef de gouvernement occidental à afficher ouvertement son homosexualité.
Un tsunami de talents féminins
Les femmes seraient-elles la solution-miracle contre la crise ? Une récente étude menée sur les sociétés du CAC 40 par Michel Ferrary, professeur à la Ceram Business School, démontre que « pour les entreprises dont l’encadrement est féminin, le cours de leur action a connu une relative stabilité ». Les femmes sont donc un facteur de résistance face à la crise financière.
Convaincue très tôt de cet impact sur les résultats boursiers, une société de gestion genevoise a lancé, dès 2006, un fonds qui sélectionne les entreprises de son portefeuille sur les critères de la mixité. Pour le fonds Amazone, les qualités féminines ne peuvent que favoriser les performances économiques. Il faut dire que les femmes démontrent depuis longtemps qu’elles peuvent mener des actions profitables. L’aventure de la microfinance en est le parfait exemple.
Pour Avivah Wittenberg-Cox, co-auteure de Womenomics, une chose est sûre : « Les femmes constituent un levier primordial de croissance pour l’économie de demain ». Si l’écart entre le taux d’activité des hommes et celui des femmes se réduisait, l’économie mondiale connaîtrait une puissante accélération.
Un tel changement demande quelques efforts du côté des gouvernements et
des entreprises, mais aussi des hommes qui vont devoir apprendre à coexister avec leurs homologues féminins. Pour Avivah Wittenberg-Cox : « Nous sommes au début de l’éveil des hommes. Ils vont vivre un tsunami de talents féminins. Leurs réactions vont dépendre de leur éducation. »
Article Publié par Laetitia Pongi le 29 juin 2009
Idées d’hier, combats d'aujourd'hui
S’il est une des batailles que les femmes sont encore loin d’avoir remportée, c’est bien celle des salaires. En Europe, leur rémunération est en moyenne inférieure de 17,4 % à celle des hommes (source : Eurostat, 2009). L’Estonie, mauvaise élève, présente l’écart le plus important (30,3 %) tandis que l’Italie se distingue avec seulement 4,4 % de différence salariale. La France, elle, se place dans la moyenne européenne (15,4 %). Autre phénomène, plus on s’élève dans la hiérarchie des salaires, plus l’inégalité est forte. Pourtant « travail égal, salaire égal » se veut un des principes fondateurs de l’Europe. Sans oublier que les lois sur l’égalité professionnelle se multiplient depuis plus de 30 ans. Jusqu'aux années 1980, les femmes ont pu constater une nette amélioration concernant ces disparités. Mais depuis les années 1990, il y a eu peu d’évolution sur les fiches de paye.
Autre problème de taille : l’importante précarité de l’emploi féminin. CDD à répétition, temps partiel… Les femmes ont du mal à trouver une stabilité professionnelle. Elles occupent 85 % des emplois à temps partiel. Et, en 2009, elles subissent de plein fouet les conséquences de la crise économique actuelle. Les nombreux licenciements concernent en premier lieu les postes précaires et peu qualifiés, emplois le plus souvent occupés par des femmes. « La crise risque aussi de reléguer au second plan la question de l’égalité salariale », ajoutent Françoise Milewski et Hélène Périvier, économistes à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) et auteures de Femmes au bord de la crise économique.
« Une femme ambitieuse suscite des réticences »
Parmi les batailles professionnelles, il ne faut pas oublier l’accès aux postes à responsabilité. Actuellement, les femmes ne représentent qu’à peine 10 % des effectifs des conseils d’administration des entreprises du CAC 40. Et aucune de ces sociétés n’est dirigée par une femme. Pour Louis Schweitzer, président de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), on touche là un problème culturel : « Une femme dans un milieu d’hommes a davantage l’obligation de se mettre en avant si elle veut être promue… Un homme ambitieux, tout le monde applaudit des deux mains. Une femme ambitieuse, cela suscite des réticences de la part de certains. »
Si les femmes occupent de plus en plus de place dans le travail, les mentalités changent peu. Les stéréotypes persistent… À commencer dans les secteurs d’activité. Ainsi, parmi les étudiants en ingénierie en 2006, on ne comptait que 17 % de filles, alors qu’en éducation, la proportion était de 75,3 % (source : Eurostat, 2009). Les métiers de la communication, du marketing ou encore du social semblent attribués à la gent féminine par nature. Les domaines de la technologie, des sciences ou encore de l’énergie, eux, restent la chasse gardée des hommes. Martine Abbou, 56 ans, administratrice, éditrice de journaux professionnels spécialisés dans l’automobile et élue de la CCIP des Hauts-de-Seine, n’a pas échappé aux stéréotypes de son sexe : « Quand j’ai commencé il y a 30 ans, les hommes n’écoutaient pas les femmes, ils regardaient comment elles étaient vêtues. » Pour elle, l’un des principaux obstacles est que ses congénères n’osent pas : « Beaucoup ont peur d’entreprendre. Elles n’ont pas les clefs, manquent d’information ». Mais les choses évoluent peu à peu.
Chefs d’entreprise, cadres dirigeantes, créatrices et jeunes diplômées se regroupent. Ensemble, elles s’entraident et se conseillent autant sur la meilleure façon d’obtenir un prêt que de demander une augmentation. Martine Abbou a elle-même lancé le site Wimadame.com, un portail professionnel dédié aux femmes actives européennes. « J’ai cherché à créer un guide virtuel entièrement gratuit. Les femmes y puisent des informations en fonction de leurs affinités et échangent entre elles. »
Congé maternité sur la sellette
Le grand challenge de toutes les femmes qui travaillent reste l’équilibre entre vie familiale et vie professionnelle. Le plus souvent, c’est au moment du congé parental que les choses se compliquent. Un récent rapport du Cereq, le Centre d’études et de recherches sur la qualification, souligne ainsi que la mise en couple et la possible naissance d’enfants perturbent la confiance des employeurs. D’ailleurs, de nombreuses jeunes mamans avouent que se réinsérer dans l’entreprise après un congé maternité est très difficile. Résultat, elles mettent tout en œuvre pour que leur maternité ne cause aucun désagrément à leur employeur ou à leurs clients. Anne, directrice marketing dans une grande société, a écourté son absence. « J’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer sur ma mère qui a pris le relais et s’est occupée de mon fils très tôt. »
Certaines entreprises n’hésitent pas à faire monter la pression. Aujourd’hui, les plaintes liées à l’état de grossesse sont en augmentation. Ainsi, une femme a récemment été licenciée pour faute grave supposée, alors qu’elle était en congé maternité ! Elle a reçu plus de 200 000 euros d’indemnités. Selon la Halde, les cas de harcèlements sont souvent tus. Pour beaucoup d’employées, il n’est pas évident de porter plainte contre son patron. Enfin, côté vie privée, les compagnons et les maris ont aussi des progrès à faire. Seulement un cadre sur deux prend les deux semaines accordées par la loi depuis 2002 pour la naissance d’un enfant. Et il n’y a guère d’évolution dans la répartition des tâches. Autant de réalités qui dépoussièrent la maxime « Homme au boulot, femme aux fourneaux » qu’on croyait depuis très longtemps obsolète.
Article Publié Par Laetitia Pongi le 29 juin 2009
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