De la Martinique vers Bordeaux - Atlanta - Madrid et bientôt Taiwan...
23 ans - Youna Gunot

Fonction : étudiante à Bordeaux Ecole de Management
Femmdoubout: « Youna quel type d’étudiante es tu?»
Je suis née en Martinique, j’y ai effectué une bonne partie de ma scolarité et d’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai plutôt été une élève sérieuse. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours pratiqué de la danse et de la musique, même si aujourd’hui j’ai moins de temps pour ces loisirs. Après l’obtention de mon bac scientifique, je me suis orientée vers une prépa HEC au lycée de Bellevue en vue de préparer le concours à l’entrée aux écoles supérieures de commerce. Ainsi depuis 2006, je suis étudiante à Bordeaux école de management.
Atlanta
Femmdoubout: « Les écoles de commerces ont le vent en poupe actuellement et ne cessent de se multiplier. Pourquoi avoir opté de t’orienter vers celle de bordeaux ? »
Au-delà du fait que BEM (Bordeaux école de Management) soit bien classée parmi les écoles supérieures de commerce de France mon choix a été guidé par l’enseignement généraliste, le partenariat avec L’ONU et la chaire développement durable. En sortant de prépa, je n’avais aucune idée de la spécialisation qui m’intéresserait et l’intérêt de l’enseignement généraliste est qu’il correspond totalement à ma personnalité polyvalente. Pour ce qui est du partenariat avec l’ONU, j’ai tout de suite trouvé original d’avoir des débauchés autres que l’entreprise grâce à cette ouverture sur une carrière dans une organisation internationale. Et la chaire développement durable, uniquement enseignée dans cette école à l’époque, proposait avant l’heure une approche complémentaire de l’enseignement traditionnel des métiers de gestion et de management.
Femmdoubout: « La quête de décrocher un stage dans une entreprise française relève de l’exploit par bien des fois, la démarche est-elle aussi délicate lorsqu’il faille solliciter une entreprise à l’étranger ? Doit- on faire appel à ceux qui détiennent les bons carnets d’adresses pour ne pas être hors course ? »
Je dirais même que la démarche est plus que délicate ! Trouver un stage à l’étranger relève, en plus des qualités requises pour décrocher un stage en France, de la chance et du réseau. A mon niveau, j’ai pu trouver un stage à Atlanta grâce au réseau d’anciens élèves et un stage à Madrid grâce à la plateforme d’offres de stage mise en place par les services relations entreprises de mon école. Toutefois il y a très peu de places et beaucoup de candidats en liste c’est pourquoi je pense qu’une bonne organisation, un minimum d’anticipation et un soupçon de chance sont des facteurs non négligeables.

Femmdoubout : « Parle-nous justement de ton expérience à la chambre de commerce franco-américaine à Atlanta en 2008. En quoi, cela t-a-t-il été enrichissant ? »
Ce stage de 6 mois a été mon baptême du feu dans le monde du travail. Ma mission dans cette organisation était de seconder « l’Exécutive manager de la chambre » dans l’organisation d’évènements tels que : des séminaires sur l’investissement et le management, des déjeuners d’affaires entre partenaires économiques et institutionnels de la Géorgie et de la France et des rencontres visant à la promotion culturelle et économique de la France aux Etats Unis. Pour cela j’étais régulièrement en contact avec les membres de la chambre de commerce, les journalistes locaux et je devais également démarcher des sponsors. Ainsi j’ai eu la chance de rencontrer le rédacteur en chef de Global Atlanta, le PDG de la Sunrise Bank of Atlanta, l’ambassadeur de France aux Etats- Unis, un des responsables de la chambre de commerce de Géorgie et de décrocher le sponsoring du cirque du Soleil lors de l’organisation du Beaujolais Nouveau à l’Intercontinental. Autant dire, que c’était pour moi, la mission idéale pour sortir de ma réserve et pour améliorer mon anglais !
Femmdoubout : « Tu as ensuite posé tes valises pour Madrid début 2009, pour te confronter à une culture managériale différente et plus européanisée. Peux-tu nous en parler ? »
A Madrid j’ai travaillé en contrôle de gestion industrielle pendant 6 mois pour une grande entreprise française spécialisée dans l’agro-alimentaire. Je suis passée d’une organisation à but non lucratif à une entreprise industrielle en l’espace de 3 semaines. La différence structurelle de ces deux entités se traduisait à la fois dans leur organisation et leur culture managériale ce qui n’était pas évident au départ, mais cela s’est avéré très enrichissant par la suite. La nature de ma mission (axée sur la gestion et la finance) et le mode de fonctionnement des espagnols m’ont amenée à travailler autrement. En effet au pragmatisme des Américains s’opposent le caractère latin des espagnols et le formalisme à la française.
Madrid
Femmdoubout : « De ces deux expériences géographiquement opposées, as-tu pu entrevoir la place faite aux femmes dans le monde de l’Entreprise ? »
Malheureusement, le constat est toujours sans appel ! A Atlanta, lorsque que je participais « aux Board meeting » qui réunissaient un échantillon des acteurs économiques et institutionnels de la Géorgie, il n’y avait pas de femme excepté la présidente de la chambre de commerce. De même qu’à Madrid, les postes stratégiques et décisionnels n’étaient occupés que par des hommes. Cela me donne une idée de ce qui va surement m’attendre plus tard si les choses ne changent pas plus vite.
Femmdoubout : « Depuis plus de deux ans, beaucoup d’étudiants de prestigieuses écoles ont dénoncé l’exploitation faite de leurs statuts de stagiaires (pas ou peu de rémunérations, mauvaises conditions de prises en charges et autres). Est-ce toujours un sujet tabou ou une réalité que tu n’as heureusement pas eu lieu de connaitre ? »
En toute honnêteté je n’ai jamais été confrontée à une quelconque forme d’exploitation de la part de mes maîtres de stage. D’autant plus qu’à l’étranger, la législation diffère et que la culture du stage rémunéré est loin d’être répandu. Ce que l’on m’a demandé de faire a toujours été dans le cadre de ma mission durant les heures de travail légales. Toutefois j’ai eu malheureusement de la part de mes amis des échos de situations anormales de travail, d’heures supplémentaires abusives et non rémunérées donc je sais qu’il s’agit encore d’une réalité difficile à conjurer.

Femmdoubout : « À ce rythme là, t’orientes-tu vers une carrière internationale ? »
Effectivement, je pense continuer les expériences à l’étranger pendant encore un moment. J’espère à terme travailler dans une entreprise ou une organisation internationale qui m’amènera à collaborer avec des partenaires à l’étranger.
Femmdoubout: « Quelles sont tes attentes en fin d’étude, as-tu décidé quelle serait ta spécialisation ? »
Dans l’immédiat je me focalise sur l’obtention de mon diplôme puisqu’il me reste à réaliser mon dernier semestre en échange académique à Taiwan. Je suis pour le moment en spécialité management industriel mais j’aimerais poursuivre un master spécialisé en management de projet car c’est ce vers quoi mes stages m’ont clairement dirigée.
Femmdoubout: « D’où te vient cette envie constante de découverte et de voyage ? »
A dire vrai je pense que c’est dans mes gênes ! Mon grand père était dans la marine marchande, mon père voyage très régulièrement dans le cadre de son travail et moi depuis l’âge de 7 ans je voyage chaque année. C’est naturellement intégré à mon mode de vie, à ma personnalité. Le désir d’évasion, de découverte de nouveaux horizons et de cultures me permettent de me réaliser en tant que personne, de rencontrer des gens aux parcours atypiques et de faire connaître la Martinique autrement que sur une carte postale.

Femmdoubout: « Toi qui as fait le choix de partir sur de longues études, n’as-tu pas peur tout de même de ressortir surqualifiée dans une société en crise et où le taux de chômage fait pâlir même les plus vaillants et optimistes économistes ?»
Il est clair que la conjoncture actuelle n’est pas des plus enviables, mais j’ai la faiblesse de penser que cette situation est ponctuelle et que la reprise de la croissance se fera bientôt sentir. Le modèle économique que nous connaissons est soumis à de nombreuses mutations et pour rester dans la course mieux vaut être bien formé. Accepter de faire des sacrifices, être capable de flexibilité et d’adaptabilité font désormais partie du langage de l’entreprise actuelle.
Femmdoubout : « Un conseil pour conclure ?»
Je n’ai pas la prétention de prodiguer des conseils de professionnels, toutefois, le moins que je puisse faire est d’encourager tous ceux qui peuvent pousser plus loin leurs formations. Et à ceux qui hésitent à partir, je leur conseillerais de se lancer au moins une fois parce que c’est important de sortir de sa zone de confiance pour mieux se connaître.
Propos recueillis par Femmdoubout le 03/09/09
Commentaires
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Un parcours admirable entamé mais pas encore achevé, Youna tu fais la fierté de beaucoup d'entre nous: élèves des grandes écoles françaises, antillais, femmes, etc...
Beaucoup en rêve, mais il faut tout de même l'audace et le courage de parcourir tant de pays et d'embrasser tant d'expériences sur une échelle de temps aussi courte.
Je t'adresse toutes mes félicitations et te souhaite l'épanouissement le plus complet pour ta prochaine étape: Taïwan.
FD complète cet interview et vous recommande :
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