De la Réunion vers les USA
27 ans - Nadia Payet ( Oregon)

Fonction : Etudiante en dernière année de doctorat en informatique (option Computer Graphics, traitement d’image) à Oregon State University
Femmdoubout : « Nadia, peux- tu te présenter à nos lectrices ? »
Je suis originaire de Saint-André à la Réunion où j’ai effectué mes études jusqu'en classes prépas. Je me suis alors envolée pour Lyon pour 2 ans en école d’ingénieur à CPE Lyon (Chimie Physique Electronique de Lyon), section Electronique Télécommunications Informatique). J’ai ensuite effectué une césure en Allemagne, afin de faire un stage à Infineon Technologies, Munich. Ce fut une année inoubliable, j’ai eu la chance d’enfin pouvoir parler ma seconde langue, l’allemand. Et cette année à l’étranger m’a donné une envie folle de partir encore plus loin. J’ai donc postulé pour faire ma troisième (et dernière ?) année d’études d’ingénieur aux Etats-Unis ou au Canada. Etant reçue aux deux endroits, j’ai opté pour les Etats-Unis qui m’attiraient le plus. J’ai bien terminé ma dernière année, mais j’ai ensuite reconsidéré mon choix professionnel; on m’offrait ici l’occasion de poursuivre un PhD (doctorat), en payant mes études (plus de $30.000 par an) en échange de mon travail de thèse. J’ai vite réalisé que l’opportunité était trop belle et ne se renouvèlerait pas si facilement. Le sujet de thèse me convenait à merveille, et les possibilités d’embauche après un PhD étaient vraiment alléchantes (des postes très intéressants mais aussi il faut l’avouer extrêmement mieux rémunérés que leurs équivalents français). Cela fait donc maintenant 5 ans que je vis à Corvallis, en Oregon, et j’entame ma dernière année, je suis impatiente de décrocher mon diplôme ! J’espère trouver un emploi dans une entreprise d’effets spéciaux… Ce serait mon rêve absolu de créer d’ici 10 ans mon entreprise ici, à Paris ou à la Réunion, cela dépendra des opportunités.
Théâtres Shakespeariens à Ashland, en Oregon.
Femmdoubout : « En 2007, tu as reçu le prix « talent d’outre mer », quel impact cela a-t-il eu sur ta vie estudiantine ? »
Etant étudiante aux Etats-Unis, cela n’a pas vraiment eu d’impact sur ma vie de tous les jours. Par contre, ce prix m’a apporté énormément au niveau local à la Réunion. J’ai pu donner des interviews à la radio (RFO) et dans les journaux locaux. Ma famille me relatait les impressions de l’entourage et j’espère avoir pu servir d’exemple pour ceux qui avaient du mal à se décider à partir. Ce prix m’a aussi permis de rencontrer de nombreuses personnes aux parcours incroyables, et donc de tisser un carnet d’adresses intéressant pour la suite. J’en ai fait profiter ma sœur qui va faire ses études à Bruxelles, en prenant contact avec Yola Minatchy qui habite là-bas depuis longtemps. Nous, les domiens nous représentons un réseau solide, et l’entraide est notre force en-dehors de nos régions respectives.
Femmdoubout : « Tu parais avoir ce besoin d’explorer, de connaitre de nouveaux lieux, raconte-nous un peu les destinations qui t’ont permis d’approcher le monde professionnel. »
J’ai pu travailler en France, en Allemagne et aux Etats-Unis, et bien évidemment ressentir les différences de rythme, les différences de culture professionnelle aussi. J’aime beaucoup l’efficacité française malgré sa célèbre pause café, la frénésie des américains et leur sens de l’entreprenariat, et la conscience professionnelle exacerbée des allemands. Pour ce qui est des voyages, j’ai été très jeune un peu partout dans le monde – l’ile Maurice, Mayotte, Singapour – et j’ai aussi bénéficié de programmes d’échanges scolaires – Grèce, Allemagne, Canada, Etats-Unis, Australie. J’ai ensuite pu profiter de ma vie en Europe pour visiter les Pays-Bas (Amsterdam), l’Italie (Rome et Venise), et l’Angleterre (Londres). Ce sont tous ces voyages qui m’ont donné le goût de découvrir de nouveaux horizons, cette passion pour l’inconnu et l’aventure.
Crater Lake
Femmdoubout : « Tu vis en ce moment en Oregon dans le cadre de la poursuite de tes études universitaire, à quel stade en es tu ? »
Je suis actuellement en dernière année de doctorat (PhD), je compte soutenir ma thèse en juin 2010.
Femmdoubout : « En 2009, penses- tu qu’il soit nécessaire pour une jeune diplômée de sortir du système classique pour pouvoir avoir plus de chance de se faire remarquer et faire carrière ? »
Ce n’est pas obligatoire, mais cela devient une nécessité de nos jours. Nombreux sont les étudiants qui sont partis à l’étranger un an ou plus. Penser que je suis l’exception serait bien présomptueux; je rencontre tous les jours des personnes aux parcours aussi inhabituels que le mien. C’est pour cela que je suis convaincue que sortir du système classique est devenu, a l’échelle nationale comme internationale, non plus seulement un plus, mais quasiment une obligation. Les CVs bien remplis sont monnaie courante, et un parcours à l’étranger ou une expérience professionnelle hors cadre scolaire sont très appréciés des recruteurs.

Femmdoubout : « Comme dans les autres départements d’outre mer, l’entreprenariat au féminin à la Réunion n’est pas assez développé, crois-tu qu’il y a un manque d’aides, d’informations ? »
Je pense tout simplement que la création d’entreprise n’est pas une mince affaire. En France tout particulièrement ! J’ai monté une entreprise de vente de produits sur Internet en 2008 sous la forme d’une entreprise individuelle parce que c’était le régime le plus simple, et je ne comprends toujours pas certains aspects de l’entreprise. Ce n’est qu’une longue série de casse-têtes administratifs, entre les cotisations sociales et les assurances santé ; il y a clairement un gros manque d’information, et cela n’est vraiment pas encourageant au début. Ensuite il y a encore beaucoup de préjugés sur la capacité des femmes à diriger une entreprise, et les banques nous font peut-être moins confiance qu’aux hommes. Des aides ciblées pourraient probablement faire augmenter le pourcentage des femmes chefs d’entreprise, mais je crois que c’est surtout une dynamique de création qu’il faudrait instaurer en France.
Femmdoubout : « A la fin de tes études qu’envisages-tu de faire ? Aimerais-tu créer une entreprise, ou, plus figurer sur la liste des meilleurs chasseurs de têtes ? »
J’envisage de travailler quelques années dans l’industrie du cinéma. J’espère trouver mon premier emploi dans un studio d’animation ou d’effets spéciaux, probablement dans la Silicon Valley aux Etats-Unis. J’ai déjà effectué un stage de 2 mois dans un studio, et en plus des contacts que j’ai noués à cette occasion, j’ai réalisé que ce métier me convient à 300%. Je rêve ensuite de monter ma propre entreprise d’effets spéciaux, si possible aux USA (il y a beaucoup d’opportunités, mais la question du Visa sera à prendre en compte), sinon sur Paris ou ailleurs en France. Si j’arrive à trouver des opportunités intéressantes dans l’Océan Indien, mon rêve absolu serait de venir implanter cette entreprise à la Réunion, et de recruter des talents locaux (pourquoi pas sortis de l’ILOI, Institut de l’Image de l’Océan Indien) et/ou internationaux. J’aimerai sincèrement revenir sur mon ile pour y créer de l’emploi et mettre en avant les qualités techniques disponibles sur place.

Femmdoubout : « D’après toi, pourquoi les Usa sont-ils plus prisés que l’Europe pour l’acquisition de diplôme ? »
Je pense que les Etats-Unis ont un système universitaire si particulier qu’ils sont encore aujourd’hui les numéros un dans beaucoup de domaines. En informatique par exemple, c’est des USA que viennent la plupart des concepts novateurs dans le monde. N’oublions pas que les études sont payantes et extrêmement chères, ce qui permet aux universités de donner un enseignement à la pointe de la technologie à leurs étudiants. Il existe ici des installations que je n’ai jamais vues ailleurs. Je ne fais pas l’apologie des études payantes, mais c’est un élément d’explication quant à la notoriété des Etats-Unis auprès des étudiants.
Femmdoubout : « Toi qui est réunionnaise d’origine, si tu avais à promouvoir les secteurs économiques de ton île, quelles avantages peut-on y trouver à s’y implanter ? »
Il existe de nombreuses zones franches à la Réunion, s’y implanter est donc administrativement plus simple et moins couteux. Et puis c’est une ile, ainsi concepts novateurs et inexistants ont immédiatement le monopole de la clientèle. C’est ce qui arrivé à SFR pendant quelques années, premier opérateur de téléphonie mobile à venir s’implanter dans l’ile et qui est aujourd’hui encore toujours numéro un. La population locale est aussi très qualifiée mais ne trouve pas forcement de poste dans l’ile, le recrutement s’en trouverait simplifié : pas besoin de chercher ailleurs.

Femmdoubout : « Je te laisse le mot de la fin (conseil, anecdote, petite astuce soit sur la Réunion ou les States concernant le monde de l’entreprise…. ) »
J’aime à penser que tout est possible, ou plutôt que rien n’est impossible. Tout est une question d’envie et de prise de risque. Einstein a dit un jour: “L’imagination est plus importante que la connaissance ». Il est crucial d’avoir les connaissances, mais ce qui compte le plus fondamentalement, c’est l’envie, les idées et leur mise en application. Créer une entreprise, c’est un vrai challenge, mais c’est aussi une véritable aventure humaine… J’ai juste envie de dire à tous ceux et toutes celles que cela tente : Foncez, foncez, foncez ! Mieux vaut échouer que n’avoir jamais essayé.
Propos receuillis par Femmdoubout le 24/08/09
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